Hommage à Hervé Guiraud
Hommage à Hervé GUIRAUD par Nicolas LARRAT, Président de la FFR XIII, Saint Cyprien le 6 avril 2012.
Hervé,
Jamais, jamais, je n'aurais pu imaginer que tu mourrais à 59 ans et que j'aurais alors à prendre la parole en des circonstances si douloureuses.
Je te revois encore ce samedi 27 février 2012, à l'issue de notre assemblée générale financière de TOULOUSE, certes épuisé, mais comme toujours à mes côtés.
Malgré cette douleur que tu essayais de nous cacher, tu exprimais finalement ce sentiment du devoir à nouveau accompli et nous nous projetions alors, comme toujours, vers de nouvelles réunions à venir, vers de nouvelles décisions à prendre parce que tu le savais mieux que quiconque, la fonction de secrétaire général ne te laissait aucun répit et t'imposait une disponibilité permanente.
Je te dis au revoir pendant que la salle termine de se vider, je te demande bien sûr et encore de te soigner et je te dis enfin à très vite, au téléphone comme souvent, en espérant ne pas avoir à passer l’écueil de ta boîte vocale.
Il nous fallait, tu t’'en souviens, évoquer la décision à prendre concernant le choix du futur sélectionneur de l'équipe de France, cette nomination qui nous tracassait tant car nous voulions comme toujours, toi et moi, le meilleur de la compétence et de l’'intégrité pour nos internationaux...
La mort t'a pris ce 4 avril 2012, après un dernier combat que tu as su mener avec ce courage, avec ce refus de l’abdication qui nous avait redonné l’espoir, sans que je puisse finalement te dire adieu….
L'annonce de ta disparition a provoqué quelque chose d'étrange, quelque chose d'indescriptible ; comme un grand vide qui s'installait subitement ; comme une impression que rien ne pouvait être vrai et que tu allais finalement me téléphoner comme avant, en commençant notre conversation par ton traditionnel et toujours respectueux « Bonjour Président... »
Mais cette conversation, nous ne l'aurons finalement jamais.
Nous n'échangerons plus, comme nous le faisions si souvent, afin d'évoquer l'avenir de notre sport, pour parler des défis qu'il lui faudrait relever; toi qui recherchais toujours le meilleur pour ce rugby à XIII que tu chérissais tant, comme tu chérissais les tiens, comme tu chérissais tes amis....
Nous ne débattrons plus ensemble de ces problèmes qu'il fallait savoir résoudre au quotidien, avec le recul suffisant, la neutralité nécessaire ; toi qui étais aussi un homme de compromis, un homme de dialogue tout en sachant décider fermement quand les excès de certains te l'imposaient....
Nous n'’aurons plus ces instants de partage où, dans cette intimité rare qui s’instaure parfois entre un président et son secrétaire général, nous évoquions nos doutes, nos fatigues et nos lassitudes mais aussi nos croyances et nos grandes espérances ; toi qui étais un homme qui ne renonçait jamais, qui savait pardonner, qui savait rassurer….
Nous n’'évoquerons plus ces formidables anecdotes que tu prenais plaisir à nous raconter ; de tes années passées comme homme de télé ; de tes tournées dans l’'hémisphère Sud ; de ton expérience de président à la tête d’'un club à qui tu avais tant donné ; toi qui avais voulu très vite embrasser le rôle souvent ingrat du dirigeant, avec ce sens de la mesure, de la responsabilité, de l’'honnêteté….
Nous ne défendrons plus ensemble ce XIII de France qui représentait tant pour toi, ce maillot bleu, blanc, rouge que tu avais porté à douze reprises et que tu souffrais parfois de voir renier ou bafouer par certains ; toi qui avais été cet ancien grand international, amoureux passionné de cette équipe de France que tu as accompagnée sans relâche au cours de ces quinze dernières années.…
Nous n’aurons plus ces moments d’'amitié, ces grands éclats de rire que tu savais provoquer lorsqu'il le fallait ; toi qui étais un homme à l’'humour si pertinent, à la plume si talentueuse, à la bonne humeur si communicative….
Nous ne nous projetterons plus toi et moi vers ce futur incertain, et tu ne seras plus là pour essayer de me convaincre de la bonne décision à prendre ; toi qui aurais été certainement le plus digne d’entre nous à reprendre ce bâton qui est parfois si lourd à porter, malgré ce que pouvaient penser certains qui finalement te connaissaient bien mal….
Nous ne vivrons plus ces instants de partage, ces instants d’'émotion, ces instants de satisfaction, lorsqu'un stade était rempli d’un public passionné, lorsque la bonne tenue d’une manifestation sportive renforçait cette ardeur qui était la nôtre à continuer le combat ; toi qui œuvrais sans relâche pour que la fête soit belle, pour que tous les treizistes soient fiers de leur rugby.…
Je n’aurai plus cette épaule sur laquelle je savais finalement que je pourrais toujours m’appuyer, cette écoute que tu savais me donner, cette amitié qui, comme tu le disais, était au départ un peu contre nature ; toi qui étais cet homme fidèle, juste, généreux, sincère, humble….
Tu ne me narreras plus enfin, comme tu te plaisais parfois à le faire, ces rumeurs ou ces ambitions cachées de certains ou encore ces attaques souvent injustes de quelque uns, mais dont nous préférions toujours sourire ; toi qui honnissait la méchanceté gratuite, la bêtise humaine qui nous surprenait toujours ; toi qui étais cet homme dont la bonté n’avait pas de limites….
De toi, il restera finalement le souvenir impérissable d’un homme de bien, d’un homme à la générosité et à l’amitié sans faille.
Mais ce vide immense que nous allons devoir désormais affronter ne doit finalement pas nous faire peur.
Parce que nous savons tous que ta mémoire, que ton exemple, sauront nous mener là où il sera juste d’aller,
Parce qu'Hervé, pour cette grande famille treiziste aujourd’hui meurtrie mais rassemblée, ton existence saura toujours nous rappeler qu'il faut savoir aimer, qu'il faut savoir partager et qu'il faut savoir donner aux autres.
Je voulais te rendre cet hommage solennel de l'ensemble du rugby à XIII français que tu as servi avec tant de noblesse et de dévouement.
Tu vas maintenant aller dormir en paix, certainement aux côtés de tous ceux qui te sont chers et dont tu parlais si peu - toujours cette pudeur - avec ce regard espiègle en direction de nos prés verts, où tu entendras, je le sais, cette clameur du stade qui portera à jamais ton souvenir indélébile.
A ta femme Claudette, à tes enfants Élodie et Romain, à tes petits enfants, à tes parents, à tes frères qui te pleurent, je veux dire très simplement la tristesse et la peine de ceux qui t’ont aimé.
Leur douleur est la nôtre.
Qu'il me soit permis de leur dire mon amitié.
Tu vas nous manquer.
Tu manqueras, Hervé, à chacun d’entre nous.
















